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François Brune : "Les médias donnent à l’opinion un réel pré-sélectionné"
Par Frederic Sallet

13 mars 2003 /

Entre verbatim et synthèse -forcément incomplète- de son intervention autour des médias et de l’évènement, premier compte-rendu de la conférence du sémiologue et analyste des discours François Brune à l’occasion de la journée des diplômés de l’IUT organisée le 28 février
dernier.



Peu avare d’anecdotes et de témoignages personnels incongrus, François
Brune semble dissimuler sous une apparente légèreté l’implacable
logique d’un discours ordonné, méthodique, critique et particulièrement
lucide. Entièrement centrée autour de la notion d’évènement, la
conférence aurait pu occuper la matinée si ce fin connaisseur des
discours publicitaires et médiatiques n’avait été contraint par le
programme à réduire drastiquement son intervention. Suffisant cependant
pour mettre à mal l’essentiel de l’édifice médiatique.

Morceaux choisis de l’intervention de François Brune.

I) A PROPOS DE L’EVENEMENT

"L’évènement, c’est ce qui sert à constituer un public, à transformer
le citoyen en public. Il possède une forme d’ostracisme qui sert à
éliminer celui qui ne suit pas. L’évènement, c’est d’abord ce qui
advient indépendamment de toute prévisibilité (exemple : les attentats
du 11 septembre 2001). A partir de cette idée, le fait de nommer un
fait "événement" lui confère le caractère de ce qui ne s’explique pas,
qui est non analytique, non réductible à des causes. L’évènement vient
alors du destin, des Dieux (exemple : l’accident de Diana à Paris)."

"Mais le terme d’évènement peut également servir d’euphémisme pour
feutrer, déconnecter les causes et leurs conséquences. On parle ainsi
souvent des "évènements" d’Algérie. Il y a dans cette utilisation du
terme une forme de dépolitisation, un isolement des approches socio-
politiques."

"Dans l’approche des historiens, l’évènement devient synonyme de fait
très important (exemple : la chute du mur de Berlin). Mais il est
généralement la conséquence des choses profondes dont on ne parle pas.
Même dans l’acception historique du terme, l’évènement vient ainsi
montrer la réalité sous son seul aspect phénoménal."

"Mais dans les médias, un évènement qui se répète, qui dure, n’est plus
un évènement. On entre à cet instant dans la logique du consommateur
consommé : on ne peut pas exister sans avoir assisté à l’évènement
("T’es pas au courant ?!!")

II) L’ARBITRAIRE DE L’EVENEMENT

Le choix idéologique. "L’arbitraire de l’évènement, c’est d’abord la
sélection de la réalité dont on va informer. Il se passe des milliers
de faits chaque jour ! Il y a donc un choix idéologique de l’évènement,
de ce à quoi s’intéressent les gens. Mais le défaut est de croire que
l’évènement existe en soi. Objectivement, la hiérarchie de l’info
n’existe pas. On peut également s’interroger sur les titres des
journaux qui ont des ambitions totalitaires : "L’evenement", "le
Temps", "le Monde"..."

L’arbitraire du signe. "On désigne la réalité par des mots sans rapport
avec les choses qu’ils désignent. Il n’y a aucun rapport entre notre
prénom et nous-même. Mais il faut appeler les choses par leur nom... Le
fait de regarder l’actualité selon l’évènement est déjà une modalité
d’énonciation en soi (grille évènementielle d’expression). Vouloir
représenter le monde tel qu’il est est une illusion, une imposture. On
ne peut représenter que sa propre représentation du monde. C’est pour
ça que les médias ont besoin d’un public pour valider leur
représentation."

III) LA RELIGION DE L’EPOQUE ET BIG BROTHER

"Ce que l’on va choisir comme étant l’époque, ce sont les tendances.
L’époque est créée de toutes pièces et inconsciemment : on donne à
l’opinion un réel préselectionné qu’elle ne peut que suivre. J’oblige
celui qui le reçoit à le répercuter. On place donc celui qui ne reçoit
pas l’info dans un état d’infériorisation. Les médias décrètent
l’époque et veulent nous y soumettre".

"Aujourd’hui, les médias annoncent l’évènement, donc tout le monde le
regarde, donc ça fait l’évènement ! L’exemple parfait est Loft-Story.
Les gens croyaient qu’ils regardaient Big Brother, mais l’évènement
empêchait que l’on regarde autre chose que lui. Il était Big Brother."

"Nous sommes habitués à donner de l’importance à l’évènement
proportionnellement au nombre de personnes qui en sont témoin. La
religion de l’époque a besoin d’être entretenue. Il y a désormais une
liaison permanente entre le produit publicitaire dont on veut faire
l’évènement et l’évènement dont on fait un produit. Normalement,
l’effet d’annonce est calibré, minuté, rythmé. Tout le contraire de
l’évènement !"

"Il existe un leurre démocratique, de participation. Un sentiment
individualiste d’être au coeur de l’actualité, au centre du monde. Un
solipsisme collectif, un état d’âme qui croit que le monde est un
prolongement de nous-même. Nous sommes entraînés dans ce solipsisme
collectif par les médias. Dans cet état, on ne supporte pas que les
gens soient en désaccord."


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