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« Un modèle de journaliste »


12 juin 2006 /

Vincent Rousset (promo 1999) publie une biographie d’un monstre sacré de la télé : Georges de Caunes.



« Sud Ouest ». Pourquoi ce choix d’écrire une biographie de Georges de Caunes ?

Vincent Rousset. J’ai rencontré Georges de Caunes en 1998 à l’occasion de la sortie de mon livre « François Mitterrand et les Charentes ». Il avait été touché par l’évocation de Catherine Langeais, première fiancée de François Mitterrand, qui était aussi la speakrine rivale de Jacqueline Joubert, deuxième femme de Georges de Caunes. Une complicité s’est alors nouée entre nous.

Comment est venue l’idée d’une biographie ?

Nous avons d’abord envisagé un entretien à deux voix. J’ai des dizaines d’heures d’enregistrement avec lui. Il n’était pas un personnage facile, mais il m’a ouvert ses archives et, après son décès, sa femme Anne-Marie m’a renouvelé sa confiance.

Que saviez-vous de lui avant de le rencontrer ?

Je ne le connaissais pas : ma génération a été nourrie à un autre de Caunes, son fils Antoine, dans « Nulle part ailleurs ». Or, j’ai découvert un personnage au vécu extraordinaire, un grand journaliste mais aussi un homme explorateur et aventurier.

En quoi se différencie-t-il des autres journalistes ?

Il a été pionnier dans de nombreux domaines. Premier journaliste français au Groënland en 1948, un des pionniers du journal télévisé en France en 1949, quand on ne voyait pas encore les journalistes qui faisaient du commentaire en cabine. Il a été ensuite le grand présentateur vedette du journal télévisé, de 1963 à 1966, en alternance avec Léon Zitrone. Il a apporté un ton nouveau, assez libre, un peu d’impertinence, de second degré, même s’il était soumis à une certaine censure du pouvoir gaulliste. Il a été le premier à personnaliser la star du 20 heures. Bel homme, une élégance à la Cary Grant : par rapport à Zitrone, il n’y avait pas photo. Il est l’ancêtre et le modèle de PPDA.

On a l’impression, en lisant votre livre, de découvrir un personnage à la fois public et secret. Comment lui avez-vous fait franchir la barrière de la pudeur ?

Il s’était déjà souvent livré par bribes. Pour ma part, j’avais sans prétention gagné sa confiance. Il a vu que, primo, les stars télé me laissaient indifférent ; secundo, qu’étant historien de formation, j’avais peut-être une approche libre et d’étudiant qui devait lui plaire.

Georges de Caunes serait-il le chaînon entre Albert Londres et PPDA ?

Je pense même si Albert Londres c’était la presse écrite et Georges de Caunes un journaliste multimédia (radio, presse écrite, télévision) qu’il a représenté une transition.

« J’ai toujours vécu dans une île déserte », confie-t-il. Comment comprendre cette remarque ?

Il restera un aventurier solitaire, un homme qui aimait bien la solitude : ses quatre mois sur l’île déserte d’Eiao en sont l’expérience portée à son paroxysme. Paradoxalement, il sera toujours resté dans sa bulle. Homme de communication, donnant l’image de quelqu’un de chaleureux, il était mélancolique, parfois sinistre dans l’intimité. Je pense, d’ailleurs, que ses cinq enfants ne sont pas sortis indemnes d’avoir eu un père comme lui, avec ses qualités et ses défauts, très exigeant envers lui-même et envers les autres.

Peut-on dire qu’il fut un homme et un journaliste exemplaires ?

Georges de Caunes est un modèle de journaliste. Par son impertinence, sa distance vis-à-vis de l’information, par la conscience qu’il avait de ce faux vedettariat induit par la télé qu’il a d’ailleurs régulièrement quittée. Il savait que présenter le journal télévisé ne fait pas forcément de vous un grand homme.

« Georges de Caunes l’aventurier », par Vincent Rousset, chez Ramsay, 20 euros.


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Article paru le 09 juin 2006 dans le journal Sud Ouest (reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur). Propos recueillis par Jean-Paul Taillardas









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